Historique d'une recherche.
Création graphique à l'ordinateur au Centre Georges Pompidou.
1977 / l979
A partir de 1964 je dessinais et peignais diverses oeuvres fondées
sur l'expression des rapports de forces dans l'espace page, ce sont les
peintures énergétiques . A partir
des années 70 ces peintures énergétiques ont pris une
forme graphique plus dialectique reposant sur l'utilisation de réseaux
de flèches. La flèche est le signe graphique parfaitement
adapté à ces besoins de contenu picturale.
Elle est une forme instable puisque symétrique sur un seul de ses
axes, sa répétition génère une surface isomorphique
dynamique, signe de forces en équilibre géométrique
et en déséquilibre optique.

Les flèches que j'ai alors dessinées étaient construites sur un schéma régulateur composé de 16 carrés à partir duquel je pouvais organiser à ma guise les rapports de tensions des réseaux de flèches colorées:
En 1977 le Centre Georges Pompidou qui voulait développer un atelier
de recherches en création graphique à l'ordinateur dans lequel
interviendraient des artistes plasticiens me contacte pour une collaboration.
A cette glorieuse époque les ordinateurs n'étaient adaptés
qu'aux calculs de dessins techniques... Le monde de l'informatique et celui
des plasticiens s'ignoraient. Les plasticiens qui en France s'intéressaient
aux développements de ces nouvelles techniques étaient rares,
nombreux au contraire étaient ceux qui affirmaient que ces deux mondes
étaient irréductiblement étrangers...
L'exploration des possibilités d'automatisation dans la réalisation
de tâches fastidieuses m'intéressaient, la proposition du Centre
Pompidou arrivait à propos.
L'initiateur de l'Atelier de Recherches et Techniques Avancées
est Christian Cavadia, un informaticien visionnaire qui voulait créer
au Centre Geores Pompidou un centre de ressources en génie logiciel
adapté aux arts plastiques et graphiques. L'ARTA dépendait
de la direction du CCI (Centre de Création Industrielle) à
l'intérieur du Centre Georges Pompidou. L'ARTA disposait de peu de
moyens techniques, Christian Cavadia était seul, sans secrétariat,
et son action était violemment contrecarrée par certains technocrates
du Centre ou chargés de mission du Ministère de la Culture
qui étaient pressés de voir des résultats spectaculaires
pour s'amuser à les mettre en scène et réaliser des
coups médiatiques.
C'est donc dans ce contexte que le directeur du CCI m'a accordé un
contrat pour développer une recherche autour de mes réseaux
de flèches.
Christian Cavadia a écrit un programme par lequel l'ordinateur calculait
une trame définissant les flèches,
puis cette trame était déformée,
ensuite des pôles d'attraction généraient
le dessin des flèches, enfin leur coloration
se faisait par remplissage de hachures.
Tout cela bien entendu réalisé avec les moyens disponibles,
à savoir un ordinateur Tektronis de 128 ko, et un traceur dont il
fallait programmer l'arrêt temporisé de la buse d'écriture
à l'endroit précis où on désirait un changement
de couleurs afin de remplacer la buse d'encrage...
Le calcul d'une trame compléte prenait environ 2 à 3 heures,
le traçage un peu moins.
Equipé de ce logiciel j'ai donc expérimenté les fonctions
de déformation pour explorer une iconographie
de tensions de formes difficilement réalisables par les moyens
manuels auxquels j'étais habitué.
Ces manipulations, dont je consignais patiemment tous les résultats
sur un cahier, m'ont conduit à découvrir un paradoxe pictural.
En effet, les calculs des hachures de remplissage se faisait par la combinaison
de fonctions trigonométriques dépendant des pentes des côtés
des flèches, dans certains cas le segment de hachure devenait une
droite infinie. Dans ce cas l'ordinateur restait bloqué sur cette
droite qui apparaissait comme figée à l'écran alors
que dans sa réalité mathématique elle était,
A l'INFINI dans l'espace et le temps, entrain de se tracer.
J'ai déduit de ces avatars mathématiques une méthode
de conception graphique qui consistait à utiliser des fonctions
aberrantes telles que l'ordinateur puisse opèrer ses calculs
sans plantages et en même temps telles qu'elles soient inconcevables
selon nos repères géométriques habituels. j'ai nommé
ces créations des "figures folles"
dont j'ai réalisé un bouquet de fleurs
que j'ai mis en scène à la manière des natures
mortes du XVI e siècle.
La signification de ce bouquet de fonctions aberrantes était de dire
que l'informatique ne changerait rien aux contenus des productions de notre
société. Tous ces discours de faiseurs
de miracles plaçant l'informatique au centre des bouleversements
de notre société me paraissent encore des discours creux qui
occultent les véritables enjeux.
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